De Bastille à Virage : le grand saut

mercredi, Nov 20

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Paris 12ème. 25 décembre 2015.

Je donne naissance à mon deuxième enfant. En même temps que j’accueille cette vie, l’idée d’une nouvelle vie au Sénégal s’accélère dans mon esprit. A ce moment-là précis, je sais que les choses vont s’accélérer. Je ne sais pas quand exactement mais c’est décidé. Je veux que mes enfants grandissent au Sénégal, qu’ils ressentent l’Afrique dans leurs veines, qu’ils côtoient leurs grands-parents, qu’une fois adultes et où qu’ils vivent dans ce vaste monde, que le royaume de leur enfance soit imprégné de souvenirs en terre africaine. Et en ce qui me concerne personnellement, je suis convaincue que mon profil et mes compétences glanées autour du globe sont plus utiles au pays qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Alors, oui, plutôt que de rêver passivement de loin d’une certaine Afrique, je participerai à la construire passionnément de près !

Je saute le pas huit mois plus tard, en un mois entre la prise de décision ferme et le départ. Je laisse derrière moi une situation matérielle confortable, une famille aimante, un environnement social et culturel favorable. La France, pour la grande voyageuse que je suis, c’est ma base. Si je suis née à Dakar, j’ai quitté le pays toute petite avec mes parents pour l’Hexagone. J’y ai grandi, j’y ai mes repères, mes attaches. Mais le cordon ombilical avec le Sénégal ne s’est jamais rompu grâce à des parents qui nous ont inculqués, dans notre langue maternelle, les valeurs auxquelles nous appartenons.

Trouver un logement, inscrire les enfants à l’école, ouvrir ma société de production : l’installation à Dakar se fait, portée par l’excitation de cette nouvelle vie. Je découvre progressivement un Sénégal différent de celui que je connaissais en tant que vacancière pourtant régulière. Un Sénégal aux réalités sociales complexes, un Sénégal où un « oui » ne veut pas forcément dire « oui », un Sénégal où on n’avance pas au même rythme que celui auquel on est habitué en Europe etc… En somme, je suis confrontée à un Sénégal qu’il me faut savoir décoder. Mais s’adapter, c’est la force de ceux qui habitent à la lisière de plusieurs mondes.

Trois mois après mon arrivée, je sais qu’un nouveau chapitre de notre vie va s’écrire ici, à l’encre de mes convictions, de mes priorités, de l’amour que je porte à ce pays.
Je repars une semaine à Paris mettre toutes mes affaires dans un container. Et oui, nous sommes « repats », pas « expats » : nous venons avec nos propres moyens financiers, aux frais d’aucune princesse.

Oui, Dakar est polluée, oui la ville est sale, oui la mentalité est différente. Mais Dakar reste Dakar. Il se passe quelque chose ici. Vous savez, ce sentiment incroyable que vous êtes au bon moment, au bon endroit, après avoir fait trois fois le tour du monde. Pour faire des choses utiles dans son domaine. Car les défis sont bien là et ils sont énormes : structuration de mon secteur professionnel en plein effervescence, formation, management etc…Même si on ne part évidemment pas du néant au Sénégal. D’où d’ailleurs cette constante posture d’humilité que j’adopte dans ma manière de faire les choses.

La feuille de route professionnelle se déroule, certainement pas aussi vite que j’aimerais, mais elle se déroule. Changer de continent, c’est aussi apprendre à faire des réglages sur ses habitudes. Par exemple, le « Time is money » occidental versus la « Civilisation de la lenteur » nationale, ardemment défendue par notre chère Aminata Sow Fall. Se sentir l’âme d’une pionnière s’avère au quotidien à la fois exaltant et exténuant.

Trois ans déjà que j’ai sauté le pas et pas un jour, pas un seul où je me suis demandée ce qui m’avait pris en ce jour d’août 2016 de prendre des billets d’avion aller simple.

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